Une analyse de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) conclut que le réchauffement climatique d’origine humaine a doublé, voire plus, le nombre de morts liées à la canicule qui a frappé la Belgique entre le 17 et le 28 juin. Sur les 1.181 décès statistiquement attribués aux températures extrêmes durant cette période, 665 cas — soit 56 % — « ne seraient pas survenus sans l’influence des activités humaines sur le climat », indiquent les auteurs de l’étude.
Une première pour la Belgique
Les chercheurs présentent cette publication comme la première étude à relier de manière probabiliste le réchauffement d’origine humaine à la mortalité observée lors d’une vague de chaleur spécifique en Belgique. L’épisode en question, qualifié par les auteurs comme la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays, a duré douze jours et a provoqué des perturbations notables des services d’urgence.
- Durée de l’épisode : 12 jours (17–28 juin).
- Décès attribués statistiquement à la chaleur : 1.181.
- Décès attribuables au réchauffement humain : 665 (56 %).
- Écart de température imputé au réchauffement : +3,9 °C en moyenne.
Températures et impacts sanitaires
Les données météorologiques citées par l’étude confirment des valeurs extrêmes : à Uccle, le mercure a atteint 35,5 °C le 26 juin, jour le plus chaud de l’épisode; la nuit du 24 au 25 juin, la température minimale n’est pas descendue sous 24,1 °C. Les chercheurs estiment que, sans l’empreinte humaine sur le climat, la température maximale moyenne du 26 juin aurait été d’environ 32,1 °C au lieu des 36 °C observés — soit un gain d’intensité de 3,9 °C.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Décès attribués à la chaleur | 1.181 |
| Décès attribuables au réchauffement humain | 665 (56 %) |
| Écart de température lié au réchauffement | +3,9 °C |
L'étude note également des conséquences opérationnelles : les appels au 112 ont presque doublé par rapport à la normale pendant l’épisode, et, selon des chiffres provisoires, la journée suivant le pic a été la deuxième la plus meurtrière du XXIe siècle en Belgique.
Message des chercheurs et enjeux politiques
« Sur les quelque 1.200 décès que nous attribuons à la chaleur, plus de la moitié ne se seraient pas produits sans ce réchauffement supplémentaire. »
Cette phrase, signée par Maxim Sleypen, auteur principal et chercheur à la VUB, résume la gravité de la conclusion : le réchauffement imputable aux activités humaines ne relève plus d’un simple scénario futur, il a des conséquences mortelles aujourd’hui en Belgique.
Les résultats posent des questions immédiates pour les autorités de santé publique et les décideurs politiques. Au-delà des mesures d’urgence (ouverture de centres frais, campagne d’information, adaptations des services d’urgence), l’étude renforce l’argument en faveur d’une politique d’atténuation et d’adaptation plus ambitieuse, tant au niveau national que régional.
Sur le plan scientifique, l’approche utilisée par la VUB combine données épidémiologiques et modèles climatiques d’attribution, permettant d’estimer la part du réchauffement d’origine humaine dans l’intensification d’un épisode précis. Les chercheurs insistent toutefois sur le caractère probabiliste de ces estimations : elles ne « prouvent » pas de causalité individuelle pour chaque décès, mais établissent un lien statistique robuste pour l’ensemble de l’événement.
Face à ces conclusions, la question des priorités budgétaires et réglementaires se pose pour les ministres compétents, tant en matière de prévention sanitaire que d’aménagement urbain (îlots de chaleur), de protection des personnes vulnérables et d’infrastructures hospitalières. L’étude devrait alimenter les débats sur la stratégie belge de lutte contre le changement climatique et la préparation aux risques liés aux épisodes de chaleur, qui devraient devenir plus fréquents et plus intenses selon les projections climatiques.
La publication de la VUB intervient à un moment où la prise en compte des impacts sanitaires du réchauffement devient un point central des politiques publiques : si les conclusions sont confirmées par des travaux complémentaires, elles constitueront un signal d’alarme supplémentaire pour les autorités fédérales et régionales.