La proposition de rétablir une forme de « gendarmerie 2.0 » pour répondre aux troubles publics suscite un vif débat en Belgique. Pour la professeure De Kimpe, spécialiste de l'histoire policière, il s'agit d'une « politique à chaud » qui pourrait aggraver la situation plutôt que d'y remédier.
Un retour en arrière historique contesté
Avant 1991, la gendarmerie faisait partie des forces armées et dépendait du ministère de la Défense. Cette configuration institutionnelle a été modifiée avec la loi de démilitarisation portée par l'ancien ministre de l'Intérieur Louis Tobback, qui a placé la gendarmerie sous administration civile. Dans le contexte actuel, certains ministres remettent en cause ce choix historique et plaident pour un rétablissement d'une branche à caractère militaire afin d'endiguer les manifestations.
Or, selon Mme De Kimpe, l'expérience montre que la militarisation n'a pas nécessairement réduit les débordements. Elle rappelle que, même à l'époque où la gendarmerie dépendait de la Défense, « de nombreuses manifestations dégénéraient » et que la répression sévère entraînait fréquemment des conséquences dramatiques :
« Cette gendarmerie n'avait souvent rien à faire, mais était ensuite 'lâchée sur les manifestations', ce qui a fréquemment causé des morts tout au long de l'histoire policière belge. »
Les risques d'une politique « à chaud »
Pour l'experte, le retour à une police militarisée reviendrait à « jeter de l'huile sur le feu ». Elle estime qu'une telle voie « finira par mener à plus de violence » et renforcera la spirale des affrontements. Sur un plan politique et sécuritaire, une décision précipitée de remettre la gendarmerie sous statut militaire risquerait donc d'avoir des effets contraires aux objectifs recherchés.
La professeure insiste en outre sur le progrès que représente le modèle belge développé dans les années 1990 : la « gestion négociée de l'espace public », qu'elle qualifie d'exportable et qui, selon elle, a contribué à faire la réputation de la Belgique dans ce domaine — technique qui a été reprise jusqu'en Afrique du Sud.
Alternatives proposées
Plutôt que de revenir à une militarisation, Mme De Kimpe préconise des choix plus structurels et à plus long terme :
- renforcer les investissements qualitatifs dans la police ;
- retourner à une approche sociale du maintien de l'ordre favorisant le dialogue et la négociation ;
- préserver les acquis de la démilitarisation qui ont structuré la gestion des manifestations depuis les années 1990.
Dans le débat politique, l'opposition de gauche met elle aussi en avant la nécessité d'une réponse judiciaire et sociale plutôt que de mesures de remilitarisation, soulignant : « Nous avons besoin d'une justice qui punit efficacement les délits ». Cette position rejoint l'idée que la sécurité publique ne se réduit pas à la seule posture institutionnelle des forces chargées de la maintien de l'ordre.
| Période | Statut de la gendarmerie |
|---|---|
| Avant 1991 | Intégrée aux forces armées, dépendance au ministère de la Défense |
| Après 1991 | Démilitarisation, administration civile (loi portée par Louis Tobback) |
Enjeux et conséquences politiques
La tentation d'un renforcement de la posture répressive dans le court terme répond à une inquiétude réelle des décideurs face à des manifestations parfois violentes. Reste que le choix d'une solution institutionnelle aussi radicale que la remilitarisation a des implications profondes : il touche à la relation entre population et forces de l'ordre, au respect des droits fondamentaux et à l'image internationale des institutions belges en matière de gestion de l'ordre public.
Le débat devrait donc dépasser la logique de réaction immédiate. Les arguments de Mme De Kimpe plaident pour une réflexion structurée, fondée sur l'évaluation des pratiques passées et sur des investissements ciblés — notamment en formation, techniques de négociation et prévention — qui, selon elle, ont plus de chances de réduire durablement la violence que le simple changement de statut juridique des corps policiers.