Des travaux récents alimentent l'inquiétude : la capacité à lire et à comprendre des textes longs ou complexes déclinerait nettement chez une part significative de la population américaine, phénomène qualifié par certains observateurs de « post‑lettrée ».
Des chiffres qui inquiètent
Plusieurs jeux de données convergent vers une tendance défavorable. Selon le Centre national des statistiques en éducation, la part d'adultes se situant au niveau le plus bas en lecture est passée de 19 % en 2017 à 28 % en 2023. Dans le même laps de temps, la proportion d'adultes incapables de résumer ou de tirer des conclusions d'un texte de plusieurs pages est montée d'environ 20 % à près de 30 %.
| Indicateur | 2017 | 2023 |
|---|---|---|
| Adultes au plus bas niveau en lecture | 19 % | 28 % |
| Adultes incapables de résumer/ tirer des conclusions d'un texte long | ~20 % | ~30 % |
Un phénomène observé chez les jeunes
Les recherches universitaires complètent ce constat. Une analyse de 2025 menée par une équipe de l'université de Stanford a relevé une baisse des capacités de lecture chez les jeunes entre 2015 et 2025 dans 83 % des comtés étudiés aux États‑Unis. Cette détérioration touche toutes les catégories sociales et tous les groupes ethniques, même si elle est plus marquée chez les élèves déjà en difficulté en début de période.
« post‑lettrée »
Plusieurs explications sont avancées mais aucune ne suffit à elle seule. Interrogations et hypothèses se font jour quant aux transformations des pratiques de lecture (lecture fragmentée sur écrans), aux mutations des formats éditoriaux — des best‑sellers contenant en moyenne des phrases plus courtes qu'il y a un siècle — et aux évolutions des pratiques scolaires et familiales.
Des causes multiples et des implications éducatives
Les auteurs citent des éléments concrets : le temps de lecture sur téléphone a augmenté dans l'histoire, mais cela ne compense pas une baisse mesurée des compétences profondes de lecture. L'Association américaine des bibliothèques scolaires, d'après le reportage du magazine The Atlantic repris dans les travaux, a observé la nécessité d'acheter des ouvrages adaptés à des « capacités de lecture diminuées », comme les romans graphiques.
Les conséquences sont larges. La compréhension de textes longs est une compétence clé pour la réussite scolaire, l'accès à l'information et l'exercice d'une citoyenneté éclairée. Une dégradation généralisée menace la capacité des individus à traiter des arguments complexes, à exercer un jugement critique et à suivre des formations exigeantes.
Que penser des causes temporelles ?
La question de l'impact du confinement pendant la pandémie a été abordée : certains médias notaient que la baisse n'était pas seulement un effet du seul épisode pandémique. L'étude de Stanford indique que la diminution des compétences de lecture a été aussi forte entre 2017 et 2019 qu'au cours de la période pandémique, ce qui invite à chercher des facteurs plus structurels que l'interruption scolaire temporaire.
- Formats et medias : lecture fragmentée et dominance des écrans ;
- Édition : textes contemporains plus concis, potentiellement moins exigeants sur le plan de la complexité syntaxique ;
- École et ressources : inégalités préexistantes amplifiées, stratégies d'achat de livres scolaires adaptées à des niveaux moindres.
Face à ces constats, les réponses possibles relèvent d'actions coordonnées : politiques éducatives visant la remédiation, soutien aux enseignants, promotion de la lecture longue dès le plus jeune âge et, plus largement, réflexion sur la place des formats numériques et leur complémentarité avec la lecture approfondie.
Si l'appellation « post‑lettrée » sert à alerter sur un risque sociétal, la données montrent avant tout un recul mesurable de compétences fondamentales. Reste à définir des priorités d'intervention et à mesurer l'efficacité des dispositifs proposés pour inverser la tendance.