La place du chef d’entreprise dans la société française suscite à la fois reconnaissance et défiance. Lors d'une conférence organisée le 13 octobre à la CCI Saône‑Doubs, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies à l'IFOP, a exposé les enseignements d'une enquête d'opinion menée en janvier 2026 sur la relation entre patrons, salariés et citoyens.
Un regard nuancé mais exigeant
L'étude, présentée dans le cadre du cycle « Open Business », souligne une convergence d'opinions sur certains enjeux économiques entre chefs d'entreprise et population générale, signe d'un terrain d'entente possible pour l'avenir économique du pays. Mais ce constat est tempéré par des indicateurs révélant une défiance envers les responsables politiques et des attentes accrues vis‑à‑vis des employeurs sur le sens et les conditions du travail.
« [L'enquête] peut redonner de l'optimisme pour l'avenir de notre économie et plus largement notre pays », a observé Jérôme Fourquet.
Parmi les éléments marquants cités lors de son intervention :
- une majorité des Français juge que les gouvernements successifs sont peu en phase avec les difficultés des entreprises ;
- une part significative des actifs ressent une perte de sens au travail, phénomène particulièrement présent chez les jeunes ;
- pour une proportion non négligeable de salariés, la vision et le comportement du chef d'entreprise pèsent fortement dans le choix de rester ou quitter un poste.
Des chiffres qui parlent
Les résultats cités lors de la conférence donnent une image contrastée :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Français estimant que l’État ne comprend pas les entreprises | 70 % |
| Proportion des répondants pour lesquels le patron compte dans l'adhésion ou la démission | ~50 % (près d'un salarié sur deux) |
| Actifs jugeant leur travail « absurde » | 2/3 |
| Français prenant en compte le point de vue des chefs d’entreprise | 48 % |
Ces statistiques, présentées par l'analyste, traduisent des attentes sociales fortes envers le monde entrepreneurial : il ne suffit plus seulement de créer des richesses, il faut aussi porter un projet de sens, s'impliquer dans le tissu local et répondre aux aspirations des salariés.
Conséquences pour les entreprises et les territoires
Plusieurs conséquences directes découlent de ce tableau :
- les dirigeants sont appelés à clarifier leur vision et à expliciter la finalité sociale de leurs activités pour fidéliser les talents ;
- les collectifs locaux, chambres de commerce et collectivités peuvent tirer parti de cette attente pour renforcer la coopération entre entreprises et société civile ;
- sur le plan politique, la perception d'une déconnexion entre l'exécutif et le monde économique risque d'alimenter des demandes de réformes ou d'ajustements dans le dialogue social.
Intervenant dans une région historiquement industrielle confrontée à des mutations économiques, Jérôme Fourquet a mobilisé son expérience d'analyste pour rappeler que la crise de sens révélée par l'enquête affecte la confiance collective et la capacité d'innovation sociale. Son propos s'inscrit également dans la continuité de ses travaux sur les transformations de la société et les fractures territoriales.
Si l'enquête apporte des motifs d'optimisme en montrant des domaines d'accord entre chefs d'entreprise et citoyens, elle met aussi en lumière des défis concrets : réconcilier performance économique et projet collectif, améliorer la représentation mutuelle entre décideurs et citoyens, et rendre le travail plus porteur de sens pour des millions d'actifs.
Pour les acteurs économiques, la double injonction est claire : produire et expliciter. À défaut, le risque est un renforcement des tensions sociales et une plus grande volatilité des engagements professionnels.