La France est « prisonnière du cercle vicieux de l’impuissance et de la violence », affirme le quotidien néerlandais De Volkskrant pour tenter d’expliquer la récurrence des manifestations violentes observées récemment dans le pays, notamment lors du week-end des 17 et 18 octobre.
Un pouvoir « venu d’en haut »
S’appuyant sur les travaux du politologue américain Jonah D. Levy, auteur de Contested Liberalization (2023), le journal souligne une spécificité de la scène politique française : sa verticalité. Dans ce modèle, écrivent les chroniqueurs, les décisions politiques « viennent d’en haut », réduisant la capacité d’action et le sentiment d’efficacité des citoyens face aux choix gouvernementaux.
Conséquence, poursuit De Volkskrant : lorsque les canaux représentatifs paraissent insuffisants pour influer sur les décisions publiques, la rue devient l’une des dernières « armes politiques » disponibles, après le bulletin de vote. Le quotidien évoque plusieurs épisodes récents pour appuyer cette analyse :
- les gilets jaunes ;
- la contestation autour de la réforme des retraites ;
- le mouvement Bloquons tout.
Clausewitz inversé
Pour étayer son propos, De Volkskrant rappelle la formule du penseur prussien Carl von Clausewitz — « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » — et observe, en miroir, qu’en France c’est souvent la violence qui semble précéder ou remplacer le processus politique attendu.
« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », disait le penseur prussien Carl von Clausewitz.
Le quotidien néerlandais interprète cette inversion comme le signe d’un système où l’absence de compromis institutionnalisé et de canaux intermédiaires puissants (syndicats, organisations patronales, autres corps intermédiaires) fragilise les mécanismes de co-construction des décisions et accroît le risque de dégradation des mouvements sociaux.
La question du compromis démocratique
D’après l’analyse reprise de Jonah D. Levy, dans les systèmes proportionnels où la négociation entre acteurs sociaux est plus structurée, le processus décisionnel peut être long mais aboutit souvent à des compromis bénéficiant d’un large soutien. En France, lorsque les décisions sont perçues comme imposées, elles suscitent davantage de rejet et d’affrontement dans la rue, estime De Volkskrant.
| Élément | Conséquence évoquée |
|---|---|
| Gouvernance verticale | Sens d’impuissance des citoyens, recours à la manifestation |
| Systèmes proportionnels (comparaison) | Compromis plus larges, soutien social plus important |
Le journal place la posture « jupitérienne » d’Emmanuel Macron en exemple de cette gouvernance top-down, sans développer d’analyse comparative sur d’autres facteurs internes ou internationaux qui pourraient aussi influer sur la dynamique des mobilisations.
Enjeux et conséquences
Cette lecture étrangère soulève plusieurs questions pour le débat public français : comment renforcer les canaux de négociation et de compromis pour réduire la conflictualité dans la rue ? Dans quelle mesure la forme de l’action gouvernementale alimente-t-elle le sentiment d’isolement politique chez des pans importants de la population ?
Si De Volkskrant met en lumière une mécanique structurelle, elle n’exclut pas la pluralité des causes à l’origine des mouvements sociaux. L’observation appelle néanmoins à une réflexion sur les modes de gouvernance et les instruments de médiation sociale afin d’éviter que la contestation ne se traduise systématiquement par des affrontements violents.
Cette analyse étrangère, reprise dans la presse française, alimente le débat sur la relation entre style de gouvernement et stabilité sociale, à un moment où les tensions dans la rue restent un marqueur fort de l’actualité nationale.