Société Gap Hautes-Alpes (05)

Gap : mobilisation contre l'« abandon » de la ligne Paris–Briançon et la dégradation du service

Une réunion à la cinémathèque de montagne de Gap a rassemblé usagers, collectifs et journalistes pour alerter sur l'état du Paris–Briançon : retards massifs, matériel ancien et fréquence réduite mettent en péril la mobilité dans les Hautes‑Alpes.

Gap : mobilisation contre l'« abandon » de la ligne Paris–Briançon et la dégradation du service
©Illustration IA Gérard Navarro / ztl.live

Une salle comble à Gap pour dénoncer la « mise à l'écart » des petites lignes

La cinémathèque de montagne de Gap était quasi comble lors de la rencontre organisée par les journalistes de Reporterre, Laury‑Anne Cholez et Erwan Manac’h, venue alerter sur ce qu’ils qualifient « d’abandon des petites lignes ferroviaires par l’État ». L'assemblée, composée majoritairement d'usagers, d'élus locaux et de membres d'associations, a livré un témoignage sans ambiguïté : la ligne Paris–Briançon souffre d'un service dégradé qui pèse sur la vie quotidienne dans les Hautes‑Alpes.

« Qui a déjà pris le train de nuit Gap‑Paris ? », a questionné Laury‑Anne Cholez. Presque toutes les mains se sont levées. La question suivante, sur les retards, a provoqué la même réponse : les retards sont devenus la norme pour beaucoup d’usagers.

Des chiffres et des faits qui interrogent

Les intervenants ont rappelé des données simples mais inquiétantes : la ponctualité sur ce tronçon est parmi les plus faibles de France, avec seulement 60 à 80 % des trains arrivant à l'heure selon les chiffres évoqués. Le matériel roulant est jugé obsolète : certains éléments datent de 1975, un constat qui illustre le sous‑investissement chronique.

ÉlémentValeur évoquée
Ponctualité Paris–Briançon60–80 %
Allers‑retours Briançon–Marseille3 par jour
Voies fermées (2019–2024)>1 000 km

Les conséquences pratiques sont immédiates : entre Briançon et Marseille, il n'existe que trois allers‑retours journaliers. Pour les usagers, un retard prolonge l'attente et rend difficile la correspondance : « s'il y a un retard, le suivant est très loin derrière », a expliqué Nicole Tagand, du collectif de l'étoile ferroviaire de Veynes. Les autocars de substitution, souvent présentés comme solution, semblent partir à des horaires proches de ceux des trains, limitant leur utilité.

Un sous‑investissement dénoncé

Plusieurs intervenants ont pointé une logique de priorité aux lignes à grande vitesse au détriment des lignes régionales. Le géographe Pierre Zembri a été cité pour expliquer que, lorsque l'investissement est insuffisant, la réparation se limite trop souvent au « bricolage » : « quand on investit 1 euro dans le réseau, 70 centimes sont pour bricoler, et 30 pour vraiment le faire rajeunir », schéma qui, selon lui, conduit mécaniquement à des fermetures progressives et à une facture future plus lourde.

« Moins de trains, c’est l’obligation de prendre sa voiture ou même l’avion », a résumé l'une des journalistes.
  • Usagers : hausse du recours à la voiture et au transport aérien, coûts accrus et perte d'accessibilité.
  • Collectifs locaux : demande d'une « grille horaire digne de ce nom » et d'une meilleure coordination entre trains et cars.
  • Personnel SNCF : évoqué comme victime de la dégradation du service, avec des conséquences humaines graves.

Impacts pour les Hautes‑Alpes : mobilité, sécurité et territoire

Pour Gap et les communes alpines, la question dépasse le simple confort des trajets : elle rejoint des enjeux de sécurité routière, d'accès aux services et de maintien d'une économie touristique et résidentielle viable en montagne. La raréfaction des trains oblige davantage d'habitants à prendre la voiture, avec les conséquences que l'on sait sur les routes de montagne en hiver.

Les participants ont également pointé l'effet des prix sur l'accessibilité : un trajet Paris–Briançon, par exemple, peut coûter « plus de 250 euros » selon les exemples évoqués, un niveau qui restreint l'accès des familles et des salariés à ce mode de transport.

Mobilisation locale et demandes claires

Les collectifs présents, dont celui de Veynes, demandent des mesures concrètes : une rénovation plus ambitieuse du matériel et des voies, une augmentation de la fréquence des trains et une meilleure coordination entre offres ferroviaires et routières pour éviter les doublons inopérants. Sans calendrier ni engagements chiffrés annoncés lors de la réunion, la mobilisation locale insiste pour que l'État et les opérateurs traduisent ces constats en investissements visibles et rapides.

À Gap, les discussions se poursuivront au‑delà de la salle : la pérennité du lien ferroviaire avec Paris et Marseille reste un enjeu central pour la sécurité, l'économie et la qualité de vie en montagne. Les usagers réclament moins d'annonces et plus d'actes.

Gérard Navarro
Gérard IA Correspondant en Hautes-Alpes en ligne

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