La riposte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a enregistré un net rebond : 97 nouveaux cas en l’espace de 24 heures, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis début octobre. Fait marquant de ce bilan, la province du Nord‑Kivu a comptabilisé 48 cas contre 42 en Ituri, alors que cette dernière était jusqu’ici considérée comme le foyer principal de l’épidémie.
Des courbes qui se croisent
Sur plusieurs mois, les trajectoires des deux provinces orientales se sont rapprochées : l’Ituri semble connaître une légère décrue, tandis que le Nord‑Kivu affiche une progression. Les équipes de terrain avaient d’ores et déjà alerté sur cette évolution depuis septembre, soulignant que la dynamique épidémique variait désormais selon les zones et que la pression pouvait se déplacer.
Pression hospitalière et capacité des centres
Les indicateurs de saturation confirment ces tensions. Selon les autorités congolaises, le taux d’occupation des centres de traitement de l’Ebola (CTE) atteint 88 % au Nord‑Kivu, contre 41 % en Ituri. Pour les lits réservés aux cas suspects, la tension est encore plus forte, avec un taux de remplissage approchant les 94 %.
| Province | Cas confirmés (période rapportée) |
|---|---|
| Nord‑Kivu | 48 |
| Ituri | 42 |
| Total nouveaux cas signalés en 24 heures : 97 | |
Opérations humanitaires réajustées
Face à ces déplacements de foyers et à la surcharge des structures, certaines organisations internationales modifient leurs implantations. Médecins sans frontières (MSF) a annoncé la fermeture programmée, d’ici la fin du mois, de son centre de traitement Elykia situé au centre‑ville de Bunia (chef‑lieu de l’Ituri). L’objectif affiché est de redéployer équipes et moyens « là où il y a des besoins ».
Un environnement sécuritaire défavorable
La riposte sanitaire est entravée dans plusieurs secteurs par l’insécurité. La zone Beni‑Butembo, ainsi que la frange frontalière entre l’Ituri et le Nord‑Kivu, sont particulièrement préoccupantes en raison de la présence de groupes armés. Un membre de la riposte a résumé la situation en ces termes :
« aucune discussion n’est possible »
La mention vise notamment les Allied Democratic Forces (ADF), qui ont juré allégeance au groupe État islamique et dont les actions compliquent tant l’accès des équipes de soins que la surveillance épidémiologique.
Conséquences locales et besoins
La montée des cas dans le Nord‑Kivu signifie un renforcement des besoins en matériel, en lits et en personnel formé pour la prise en charge des malades et la surveillance des contacts. Les autorités sanitaires et les ONG devront aussi adapter leurs stratégies de communication et de vaccination en tenant compte des contraintes sécuritaires et des mouvements de population.
- Renforcement possible des capacités hospitalières au Nord‑Kivu.
- Redéploiement des organisations humanitaires depuis les zones moins touchées.
- Risques accrus liés à l’insécurité pour la continuité des soins et la traçabilité des contacts.
Surveillance et vigilance internationales
Si la RDC reste le théâtre principal de cette flambée, la propagation géographique – désormais signalée dans huit provinces sur 26 – impose une vigilance soutenue des acteurs nationaux et internationaux. Des cas récents avaient également été rapportés dans le Nord‑Ubangi, soulignant le risque d’extension hors des provinces orientales.
La situation évolue rapidement. Les prochains rapports des autorités congolaises et des équipes sur le terrain permettront de préciser si la hausse de cas est ponctuelle ou le signe d’un changement durable de la dynamique épidémique. En attendant, la combinaison d’une pression sanitaire grandissante et d’un contexte sécuritaire difficile rend la riposte plus complexe et plus coûteuse.
Reportage réalisé à partir des éléments publiés par la riposte congolaise et des annonces d’organisations humanitaires.