Ce mardi matin, un rassemblement symbolique s'est tenu à Colmar pour interpeller sur le rôle des facteurs environnementaux, notamment les pesticides, dans l'épidémiologie du cancer du sein. Le collectif Cancer colère a déployé une banderole autour de la statue de la Liberté, dans le centre-ville, action menée simultanément devant le Parlement européen à Strasbourg.
Une action visible et revendicative
Sur le ruban installé autour du monument figurait le message :
« Mes seins j’y tiens ! Stop aux pesticides »
Le collectif a expliqué vouloir dénoncer ce qu’il qualifie de « pink washing » pendant Octobre rose, c’est‑à‑dire une communication axée sur la sensibilisation au dépistage et au soin sans mettre en lumière les causes environnementales du cancer du sein. À Colmar, comme à Strasbourg, l'action visait à attirer l'attention des citoyens et des décideurs sur l'influence possible des substances chimiques dans l'apparition de la maladie.
Des revendications ciblées, en lien avec l'agriculture
Cancer colère, qui s'est associé pour cette mobilisation à la Confédération paysanne, a formulé plusieurs demandes précises. Parmi elles :
- la reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle dans les secteurs concernés, notamment l'agriculture en raison de l'exposition aux pesticides ;
- l'arrêt immédiat de l'utilisation des pesticides et une réorientation des activités chimiques ;
- l'application de l'« ordonnance verte » en France, dispositif destiné à protéger les femmes enceintes de l'exposition aux perturbateurs endocriniens ;
- le maintien à 100 % des revenus ou l'assurance d'un revenu digne durant les traitements pour toute femme touchée par un cancer ;
- le vote d'une loi de financement dédiée aux recherches sur l'impact de la « violence chimique » sur les corps.
Ces revendications lient étroitement préoccupations sanitaires et enjeux agricoles, rappelant l'interaction entre pratiques professionnelles locales et risques pour la population. À Colmar et dans le Haut‑Rhin, où l'agriculture occupe une place économique et paysagère importante, ces questions résonnent auprès des personnes exposées ou concernées par ces activités.
Chiffres évoqués et portée nationale
Le collectif a cité des données alarmantes pour étayer son propos : la France est, selon lui, le pays le plus touché au monde par le cancer du sein, avec environ 12 700 décès annuels chez les femmes. Il a également rappelé une hausse de 63 % des diagnostics depuis 1990 chez les femmes de 30 ans. Ces éléments servent d'arguments pour demander une reconnaissance et une action publique plus volontariste sur les causes environnementales.
| Point | Éléments cités |
|---|---|
| Décès annuels (France) | 12 700 |
| Variation des diagnostics depuis 1990 (chez les 30 ans) | +63 % |
Le collectif appelle à la « responsabilité collective » pour inverser ces tendances et mettre en œuvre des mesures de prévention axées sur la réduction des expositions chimiques.
Un débat qui dépasse Colmar
Si l'action a trouvé un emplacement symbolique au cœur de Colmar, elle s'inscrit dans un mouvement régional mené en parallèle à Strasbourg. L'association entre un collectif de patientes et la Confédération paysanne souligne la porosité des enjeux entre santé publique et pratiques professionnelles agricoles. Elle pose des questions concrètes qui concernent les habitant·e·s du département :
- Quelles protections renforcer pour les travailleuses et travailleurs agricoles exposés aux pesticides ?
- Comment concilier productions locales et réduction des risques sanitaires ?
- Quel dispositif d'accompagnement financier pendant les traitements mettre en place au niveau local et national ?
Les autorités de santé et les élus locaux n'ayant pas encore communiqué de réponse publique lors de cette action, le débat reste ouvert. À Colmar, la mobilisation a eu le mérite de remettre à l'agenda public des questions de prévention primaire, d'impact des produits chimiques et de justice sociale pour les personnes malades et exposées.
La question des liens entre environnement et cancer du sein continuera d'alimenter les discussions, notamment à l'approche et pendant Octobre rose, moment privilégié de sensibilisation mais aussi, pour certains acteurs, de revendication politique et scientifique.